LES CAISSES POPULAIRES HAÏTIENNES : SUR LA ROUTE DE DEVENIR DE VERITABLES FORCES FINANCIERES!

Le mouvement  coopératif haïtien est vieux de près de 80 années pour les coopératives agricoles et de 70 ans pour les caisses populaires. Il reste néanmoins méconnu du grand public. Les coopératives ne constituent pas le sujet de prédilection des journalistes, chercheurs, chroniqueurs et historiens haïtiens. Les coopératives elles-mêmes communiquent très peu. Le mouvement coopératif haïtien fait aussi l’objet de certaines idées reçues. Quand on prononce le mot coopérative en Haïti, on se réfère souvent aux structures pyramidales qui offraient des intérêts de 10% et plus sur les dépôts.
 
En effet, un cas flagrant de cette méconnaissance et des idées reçues sur le mouvement coopératif haïtien a été enregistré dans une publication parue dans les colonnes  de Le Nouvelliste du 09 Mars 2015, dans la rubrique « Des idées pour le développement ».  Traitant de l’importance de la solidarité dans le développement, le journaliste a déclaré que : «  Le vrai combat contre la pauvreté se fait par la solidarité agissante comme l’a démontré le Québec avec le mouvement des coopératives… » Il affirme qu’en absence du mouvement coopératif ou de « cette forme de solidarité financière dont les Caisses Populaires Desjardins constituent le porte-étendard,  […] la province francophone du Canada ne serait pas à ce niveau de développement. » Se référant aux caisses populaires haïtiennes, le journaliste précise que : « Chez nous, l’expérience coopérative a vite tourné à l’arnaque […] aujourd’hui, les vraies coopératives peinent à trouver des déposants ce qui écarte toute possibilité de faire de ce mode de financement un levier du développement national comme au Québec.» Cette déclaration se base sur la débâcle des structures pyramidales communément appelées, et à tort,  coopératives 10%, qui ne correspondaient pas à la philosophie coopérative et ne mettaient pas en pratique les principes du mouvement.
Pour dissiper certaines idées reçues sur le mouvement coopératif haïtien et faire connaitre l'ampleur du secteur, à la lumière de la révolution récente enregistrée au niveau des caisses populaires haïtiennes, nous démontreront qu'elles se sont remises avec succès du cauchemar de 2001 et qu’elles commencent à s’imposer dans certaines régions du pays comme de véritables forces financières  par leur capacité de collecter de l’épargne, mais surtout par l’utilisation faite de cet épargne et du trop-perçu que  génèrent leurs opérations.  
 
Le 4 février 2015, la BRH et la Fédération des Caisses Populaires Le Levier ont procédé à la signature du protocole autorisant les caisses de cette fédération à participer à la chambre de compensation. Au cours  de cette cérémonie, le Gouverneur de la BRH, Monsieur Charles Castel a souligné que  le réseau de Le Levier, qui est composé de 42 Caisses fédérées ou « en transition »,  a un actif de 4.8 milliards de gourdes et un fonds propre de 1.3 milliard de gourdes et compte 561000 sociétaires. Nous avons salué cet évènement dans le blog http://haiti-coop.blogspot.com comme : « le plus grand évènement financier du début du 21eme siècle en Haïti. » Par cet accord, les Caisses Populaires vont pouvoir créer de la monnaie au même titre que les banques et offrir tous les services financiers réservés à ces dernières : émission de chèque et de carte de crédit. Elles participeront aussi au système de paiement interbancaire de la BRH communément appelé SPIH.
Malgré ce niveau développement, le mouvement coopératifs reste méconnu en Haïti, et plus d’un n’affiche aucun intérêt pour ce secteur. Lors de la cérémonie de la signature du protocole entre la BRH et Le Levier pour la participation de cette dernière à la chambre de compensation, Le Nouvelliste, n’a pas fait un grand titre avec cet évènement. Il a, de préférence, publié sur sa page de couverture un texte sur le financement du déficit public, rapportant les propos du Gouverneur émis en marge de la cérémonie de la signature du protocole entre la BRH et Le Levier.
Pour éclairer la lanterne de plus d’un, sachez que les caisses populaires connaissent depuis 10 à 15 ans une évolution certaine et elles sont sur le point de devenir de véritables forces financières dans certaines régions du pays, sans battre la grosse caisse, sans tambour ni trompette. Elles n’éprouvent aucune peine à collecter de l’épargne et  drainent l’épargne vers le crédit dans le commerce, dans le logement et dans des activités productrices dont l’agriculture. Une partie de leur surplus est utilisée  pour financer des activités communautaires ou sociales. Dans tous les départements du pays, il existe une ou plusieurs grandes caisses populaires. Tous leurs indicateurs dont l’épargne connaissent une croissance de 10 à 30% l’an. Elles participent à l’inclusion financière, comme l’a fait remarquer le gouverneur de la BRH le 4 février 2015.
Brièvement, voici le portrait de quelques-unes des caisses populaires haïtiennes qui font la fierté de leur région, de leurs sociétaires et de leurs dirigeants et personnels.
Commençons par la CAPOSAC de Camp Perrin. Elle est vieille de 66 ans. Au 30 Septembre 2014, elle disposait d’un actif de 480.5 millions de gourdes dont 133.6 millions de fonds propre, soit % 27.6 % de taux de capitalisation, alors que 12.5 % serait suffisant suivant les normes de la BRH pour les caisses populaires. Les sociétaires épargnent 319.42 millions de gourdes, cette somme accuse 20% de croissance par rapport à l’année antécédente. CAPOSAC ne se distingue pas seulement par la force de son actif, ou par la confiance qu'elle inspire, confiance qui se traduit par le dépôt de près de 320 millions de gourdes, mais aussi par l’utilisation de cet épargne et du trop-perçu généré par ses opérations financières. Pour le dernier exercice, la CAPOSAC a décaissé 3049 prêts pour la valeur de 283 millions de gourdes dont 103.7 millions soit 36.64 % au commerce, incluant les entreprises de services, 88.2 millions, soit 31.16% à l’agriculture, 75.3 millions ou 26.61% au logement.
La CAPOSAC est aussi un grand mécène dans le département du Sud. Elle subventionne des activités sportives, sociales, religieuses et des activités de développement. En 2012, elle a financé à hauteur de trois millions de gourdes la construction d’un bloc sanitaire (toilettes publiques), l’installation de poubelles et la rénovation du système d’adduction d’eau potable de Camp Perrin.
En ce qui concerne la Caisse Populaire Ressource Confiance de Marigot (CPRCM), créée en 1984, elle détenait, au 30 septembre 2014, un actif qui s'élevait à 138.6 millions de gourdes, une augmentation de 17.4% par rapport à l'exercice précédent. Elle a accordé près de 116 millions de gourdes en crédit au logement, à l’agriculture, au commerce, etc. La population marigotienne y épargne  près de 74.8 millions de gourdes. L’avoir de la caisse s’élève à 47.5 millions de gourdes, soit un taux de capitalisation de 34.32%. La CPRCM réalise des opérations très rentables. Après avoir couvert toutes ses dépenses, elle lui restait un surplus ou trop-perçu de 10.263.978 gourdes soit 7.2 % de son actif pour son dernier exercice. Ce trop-perçu est utilisé pour augmenter les avoirs de la caisse ou son taux de capitalisation, pour accorder des ristournes et pour réaliser des activités communautaires. La CPRCM crée une trentaine d’emplois directs et près d’un millier d’emplois indirects sont créés ou valorisés par l’octroi d’un crédit.
La CAPOSOV, de son coté, créée le 22 octobre 1986 dans la commune de Verrettes, a un actif social de 18 704 sociétaires, un actif financier de 231 millions de gourdes alimenté par 166.5 millions de gourdes d’épargne et de 44.5 millions de gourdes en avoir.  Pour le dernier exercice, son actif a cru de 12% et son épargne de 16 %. La CAPOSOV a accordé 1891 prêts pour un montant de 156.6 millions de gourdes.
Quant à la COOPECLAS de Lascahobas, elle a un actif de près 230 millions de gourdes, un portefeuille d’épargne de 148 millions de gourdes et un avoir de 42.5 millions de gourdes. Pour son dernier exercice, elle a accordé 2888 prêts pour une valeur de 204.3 millions de gourdes. Elle a 31 000 sociétaires.
Au niveau du département de l’Artibonite, SOCOLAVIM, créée il y a vingt ans à Saint Marc, est devenue la Caisse du département de l’Artibonite, à côté de la CAPOSOV (Verrettes), de la KPEGM (Gros-Morne), de la COPECPRA (Petite Rivière de l’Artibonite) et de la CAPOSOSMA (Saint-Michel de Latalaye). SOCOLAVIM est sur le chemin de devenir une force financière au niveau de son département avec près de 50 000 sociétaires, 416 millions de gourdes d’actif, 265.8 millions en épargne. Son actif a cru de 20% et son épargne de 15% pour l’exercice se terminant au 30 Septembre 2014. Elle a accordé 2 658 prêts pour une valeur de 253 millions de gourdes.
KOTELAM à Port-au-Prince, qui a célébré son vingt-cinquième anniversaire en 2013, représente aujourd’hui une force financière avec 78 512 sociétaires, 396.57 millions de gourdes d’actif, 315.6 millions de gourdes d’épargne et un portefeuille de crédit de 237.7 millions de gourdes.
Il existe actuellement en Haïti une cinquantaine de caisses populaires agrées, une fédération de caisses ou institution financière de deuxième degré, Le Levier et une association défendant les intérêts des caisse, l’ANACAPH. Le mouvement des caisses populaires est vieux de près de 70 ans. L’histoire des caisses haïtienne pourrait être divisée en deux grandes étapes. La première commença avec la création de la première Caisse populaire à La Vallée : La Petite Epargne en 1946. Cette tranche d’histoire a duré cinquante ans, de 1946 à 1996. Cette période fut caractérisée par la modicité de l’actif des caisses, qui dépassait rarement un million de gourdes. Il s’agissait d’associations de petits épargnants comme l’indique le nom de la première caisse. Elles accordaient de très petits crédits. Cette période était aussi caractérisée par une vive animation coopérative avec un rituel de chants, de cercles d’étude, de cérémonie prestation de serment pour devenir sociétaire. A cette période les coopératives étaient rachitiques du fait qu’il leur manquait le savoir-faire nécessaire à la gestion d’une institution financière. Les caisses n’avaient pas de système comptable adéquat leur permettant de sortir des rapports financiers fiables. C’était aussi la période des assemblées générales très animée avec la distribution de ristournes en absence de rapports financiers vérifiés.
Le mouvement des caisses populaires allait connaitre sa première révolution à partir de la deuxième moitié des années 90 avec l’avènement du projet de revitalisation du mouvement coopératif haïtien (PRMCH). Ce projet a été financé par l’ACDI et mis en œuvre par DID (Développement International Desjardins) et SOCODEVI (Société de Coopération pour le Développement). Il a permis aux Caisses de se professionnaliser en recrutant des cadres formés pour remplacer les gérants bénévoles, en implantant un manuel de politique et de procédures administratives et comptables permettant la sortie régulière des rapports financiers. Il s’agit du début de la professionnalisation des caisses populaires haïtiennes qui allaient prendre leur vitesse de croisière pour devenir de véritables institutions financières de type coopératif.
Aujourd’hui, il y au moins une grande Caisse Populaire dans toutes les grandes villes d'Haïti: KOTELAM à Port-au-Prince, CPF au Cap Haïtien, SOCOLAVIM à Saint Marc, CAPOSUD aux Cayes, Espoir et SUCCES à  Jacmel. Il en existe aussi dans des communes de taille plus petite comme Gros-Mornes (KPEGM), Marigot (CPRCM), Verrettes (CAPOSOV), Camp Perrin (CAPOSAC), et j’en passe. Elle publie régulièrement des rapports financiers vérifiés par des comptables agréés et elles sont souvent inspectées par la BRH.
 
Afin que tous et toutes le sachent : les Caisses Populaires haïtiennes, un peu partout, sont en train d’écrire de belles pages dans l’histoire économique et sociale du pays. SOCOLAVIM, COOPECLAS et CAPOSAC, pour ne citer que celles-là, représentent les plus grandes réalisations respectives des Saint-Marcois, des Lascahobasiens et des Campérinois de toute l’histoire des communes de Saint-Marc, de Lascahobas et de Camp-Perrin. Il est tant que les étudiants, les chercheurs, les historiens, les journalistes et toute la société commencent à s’intéresser à ces institutions de l’économie sociale et solidaire, la troisième voix à côté de l’économie privée de type capitaliste et de l’économie publique ! Aujourd’hui, les vraies coopératives haïtiennes existent, elles se développent pour devenir des forces financières et « ne peinent pas à trouver des déposants. » Elles commencent à devenir « un levier du développement national. » Les machins de 10% de la fin des années 90 et début de 2000 ne représentaient qu’une petite entorse au mouvement, et a été vite traité par la publication de la première loi régissant exclusivement les caisses populaires en 2002 et aussi par la détermination des acteurs du secteur à vivre les valeurs et les principes coopératifs.
 
Nonais Derisier, économiste
nderisiers@gmail.com
1er Juin 2015

Des funérailles émouvantes pour l'agronome Jean Yves Banatte dans la Cathédrale des Cayes


Le samedi 9 Mai 2015, dans la métropole du département du Sud, la ville des Cayes, le soleil ne brillait pas de mille feux. Le ciel était brumeux, comme pour exprimer de l’amertume. Des gens de tous les horizons empruntèrent la direction de la Cathédrale des Cayes. Et, il fallait suivre une longue queue pour accéder à l’enceinte de cette cathédrale où allait être célébrées les obsèques de l'Agronome Banatte. Les parents, les amis, les collaborateurs, les étudiants de l'agronome Banatte, affectueusement surnommé Agro Ba, sont venus lui rendre un ultime hommage. Les funérailles ont été célébrées par l’archevêque de Port-au-Prince Guire Poulard, assisté de Monseigneur Alix Verrier, l'Evêque des Cayes et de celui de Jérémie, Monseigneur Joseph Décoste. L’archevêque Guire Poulard devrait au cours de cette année célébrer aux Cayes les quarante ans d’exercice de l'agronome Banatte et d'autres de la même promotion. Mais les assassins ont voulu de préférence qu’il participe aux obsèques de ce grand homme.

En effet, le mercredi 29 Avril 2015, l’agronome Banatte fut lâchement assassiné par des malfrats sans foi ni loi. En ce jour, le ciel était tombé sur la tête des Cayens. L'émotion a été au paroxysme pour les parents, les amis, les agronomes, les rotariens, les coopérateurs haïtiens et tant d'autres communautés comme l'église catholique,  quand ils ont appris la nouvelle de l'assassinat de l'Agro Ba. Il s'apprêtait à secourir une personne malade quand il a été lâchement et cruellement abattu de plusieurs balles.

L'homélie de la circonstance a été prononcée par Monseigneur Alix Verrier pour qui "le monde semble avoir perdu le sens des valeurs".  "Trop de sang a coulé", déplore-t-il. "Il est temps de dire non à la violence et oui à l'amour et à la paix. Avec la mort de Banatte, il faut dire non," s'exclame-t-il. Il affirme que "l’agronome Banate est tombé de sa serviabilité. Il était un homme de cœur, un progressiste qui ne pense qu'aux biens à réaliser. Il ne vit que pour les autres". Il fut, d'après Mgr Verrier, "l'un des premiers à donner son temps et ses conseils pour la création d'une université d'agronomie pour les Cayes. Voulant sauver la vie d'un autre, il est tombé en chrétien, il est tombé en héros".

Après la cérémonie religieuse, une dizaine d'évocations funèbres furent prononcées par des membres de sa famille dont sa femme, des représentants de la promotion 71-75 de la Faculté d'Agronomie et de Médecine vétérinaire, du ministère de l'Agriculture, de la Rorary Club, du Chambre de commerce du Sud, de l'Université Notre Dame d'Haïti et de l'ASPREN, (l'Association du Sud pour la Protection de l'environnement). Tous les intervenants ont, tour  à tour, venté les valeurs de l'agronome Ba et du coup,dénoncé et condamné son lâche et cruel assassinat.  Jean Yves Banatte fut un père, un agronome, un éducateur, un coopérateur, un rotarien, un patriote, un homme de  cœur, un socialiste, un philanthrope...

Une dizaine d'agronomes de la promotion 71-75 ont entouré le cercueil du défunt pendant que le Docteur Audalbert Bien-Aimé prononça l’oraison funèbre au nom de ses confrères. Très tôt à la faculté, ils ont découvert en Jean Yves un leader, un motivateur, et ont fait de lui le président de la promotion. Pour le Dr Audalbert, l'agronome Barnatte fut un homme intègre, un chercheur en agronomie, un brillant orateur, un homme de cœur qui vouait un grand amour pour sa tribu, pour sa famille élargie, pour sa ville natale, pour sa promotion, pour l'agriculture  et pour sa patrie. Il fut un socialiste qui a lutté et s’est mis au service du plus grand nombre.
Le Dr Audalbert en a profité pour dénoncer la dissolution de la milice et la démobilisation de l'armée sans la récupération de leurs armes. Il a aussi dénoncé les politiciens véreux qui distribuent des armes à leurs partisans. La MINUSTHA n'a pas non plus été épargnée. Il est aussi responsable de la prolifération des armes au sein de la population, des armes  qui sèment la mort. A l'issu de l'oraison funèbre prononcé par le Dr Audalbert, un agronome de la promotion a fustigé la MINUSTHA dont des casques bleus qui se bronzaient sur une plage, auraient laissé emporter des armes par des bandits.

Le secteur coopératif était représenté par Gary Marcelin de la CAPOSOV, Frantz Prinvil et l’agronome Ronald Labady de KOTELAM et Nonais Derisier. On a aussi remarqué la présence de l’agronome Dadaille du CNC et une délégation de la Caisse Populaire des Cayes, caisse que l’agronome Banatte a dirigée pendant cinq ans.

L'Agronome Jean Yves Banatte a eu un parcourt académique et professionnel exemplaire. Il fut diplômé en 1975 de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaires. En 1977, il a entrepris des études  en développement communautaire et en création de coopératives, puis il a réalisé aux Etats Unis (Michigan) des études en macro et micro-économie de développement. Il débuta sa carrière à Camp Perrin dans la ferme expérimentale de Levy puis a travaillé pendant cinq ans au niveau du Plateau Central. Il revient aux Cayes en 1982, et s’est consacré à sa communauté jusqu'à sa mort. Parallèlement à sa carrière d'agronome, il a enseigné au lycée Philippe Guerrier des Cayes et dans des universités d’agronomie. Il a participé à la création et à l'implantation de la faculté d'agronomie de l'université Notre Dame d'Haïti. Il a été aussi doyen pendant cinq ans et  professeur à plein temps de la faculté d'agronomie de l'Université Polyvalente d'Haïti.

Par ailleurs, Monsieur Banatte s'est donné activement à des activités communautaires et sociales. Pendant cinq ans, il a présidé le conseil d’administration  de la Caisse Populaire des Cayes. Il a été membre de Rotary Club des Cayes qu’il a présidé en 2009. Il a milité aussi dans des organisations de défense de l'environnement. Il a été membre de la Fédération des Amis de la Nature (FAN) et membre fondateur de l'Association du Sud pour la Protection de l'environnement(ASPREN).

Pour immortaliser la mémoire de l'agronome Ba et continuer ses œuvres, sa famille et ses amis décident de créer la fondation Jean Yves Banatte pour promouvoir la vision de l’agronome Banatte qui est celle d'un monde meilleur fondé sur le civisme et le service désintéressé.

Toutes nos sympathies à sa femme Laura Coulange qui a partagé sa vie pendant 43 ans et à ses enfants Jude Marie, Jeanne Karnitza, Moïse Johann et Jean Joseph. Reste en Paix, Agro Ba! Que la terre te soit légère !



Nonais Dérisier
10 Mai 2015



CEREMONIE D’INAUGURATION DU LOCAL ET DE L’INTERCONNEXION DE LA KOTELAM

POUR SES 25 ANS KOTELAM OFFRE UN LOCAL MAJEUSTIEUX ET FLAMBANT NEUF A SES SOCIETAIRES
Photo Le Nouvelliste
Le samedi 21 Mars 2015 restera une date mémorable pour la caisse KOTELAM et sera scellé à l’encre forte dans ses annales.  D’une pierre, la KOTELAM a  fait deux coups. Ses dirigeants ont procédé, d’une part, à l’inauguration du local flambant neuf devant loger le siège social de la Caisse et son point de service de la Rue Magloire Ambroise et, d’autre part, ont lancé l’interconnexion des trois points de service de la caisse. Dès ce samedi, tous les sociétaires détenant un carnet de la KOTELAM peuvent, dans n’importe quel point de service, réaliser un dépôt ou un retrait sur leur compte.

Pour l’inauguration du local et le lancement de l’interconnexion des points de service, les dirigeants ont organisé une cérémonie en présence des sociétaires, des cadres, des amis, des partenaires et du représentant de la fédération Le Levier. Dans son discours de circonstance, le président du Conseil d’administration de la Caisse l’agronome Dieuvet Michel, présente la cérémonie officielle d’inauguration du local et du lancement de l’interconnexion comme un prétexte pour remercier tous ceux qui ont contribué à la matérialisation de ces deux réalisations : l’imposant local à l’image de la KOTELAM et l’interconnexion, un exploit technologique pour une caisse populaire haïtienne.

Dieuvet Michel
Le président Dieuvet Michel a rappelé que la KOTELAM est logée à la rue Magloire Ambroise depuis 1996, au début du projet de Revitalisation du Mouvement Coopératif Haïtien financé par l’Agence Canadienne de Développement International et exécuté par le Développement International Desjardins pour les Caisses Populaires. En 2010 le local de la KOTELAM de la rue Magloire Ambroise n’a pas résisté aux secousses dévastatrices du tremblement de terre qui avait agenouillé la République. Le local s’était effondré occasionnant des pertes humaines et matérielles. Cinq ans plus tard, la KOTELAM a transformé ce cauchemar en opportunité, affirme avec fierté le président du conseil d’administration de la Caisse dans ses propos de circonstance.

Ce bâtiment majestueux et flambant neuf représente un investissement de près de 17 millions de gourdes. La KOTELAM a mis la main dans son avoir pour financer 76 % de cette somme représentant près de 13 millions de gourdes. Elle a bénéficié de la solidarité et de l’inter-coopération de CONACOOP, le Conseil National des Coopératives de la République Dominicaine,  de CCC-CA, la Confédération des coopératives de la Caraïbe et de l’Amérique Central et du Sud et de WOCCU, le World Concil Credit Union. Ils ont apporté une contribution de 4 052 779 gourdes. Le président Monsieur Dieuvet Michel a adressé un bouquet de remerciements à ces institutions. Il en a profité aussi pour remercier les dirigeants et les cadres de la KOTELAM qui ont contribué à ce projet en particulier Mme Marcelle Saint-Gérard, l’ex-directrice de la Caisse.

En plus de l’inauguration du local, KOTELAM a procédé à l’interconnexion de ses points de services. Tous ses ordinateurs sont maintenant  interconnectés. Un sociétaire peut faire ses transactions d’épargne et de retrait dans n’importe quel point de service. Les responsables des opérations ont, de leur côté, la possibilité de visualiser et de contrôler tous les transactions et les écritures enregistrées sur leur système. Cette prouesse technologique améliorera la qualité des services aux membres et garantira le contrôle, la fiabilité et la sécurité des opérations. Ce service d’interconnexion répond à une demande exprimée par les sociétaires dans toutes les assemblées générales depuis cinq ans, affirme le président du conseil d’administration de la KOTELAM.

Pour l’utilisation de cette technologie, la KOTELAM a bénéficié de l’appui financier  de HIFIVE, un projet de l’USAID d’appui à la microfinance en Haïti. Il a financé le projet  « Amélioration de l’offre des services d’intermédiation financière à la population de la zone métropolitaine » de la KOTELAM. Le budget de ce projet s’élevait à 6.9 millions de gourdes dont 75% de cette somme provenait de HIFIVE et 25 % des fonds propres de la KOTELAM. En plus de l’acquisition des matériels et de l’application pour l’interconnexion, le projet comportait un volet marketing avec un « sound truck » pour assurer la promotion des services de l’institution. Il fera connaitre KOTELAM et ses  services à la population. Le projet a aussi appuyé le renforcement institutionnel de la Caisse avec l’adoption d’un plan de marketing, d’un nouveau manuel de gestion administrative, comptable et financière, d’un manuel de contrôle interne mieux adapté à la situation de la caisse et d’un site internet pour promouvoir l’image et les services de la KOTELAM. Le président a vivement remercié l’USAID et le projet HIFIVE pour leur support. Ses remerciements se sont particulièrement adressés à Mme Vertus et Mme Pierre de la USAID et M. Baptiste de HIFIVE ainsi qu'à  M. Claudomir, le Directeur qui a eu l’ouverture d’esprit de financer ce projet qui a été préalablement rejeté, note le Président. Il a aussi remercié  la fédération Le Levier en la personne de son Directeur Général Monsier Jocelyn Saint-Jean qui a participé à cette cérémonie. Ses remerciements sont adressés également à l’Agronome Ronald Labady qui a coordonné les activités du projet.

Rappelons que la KOTELAM vient de célébrer son 25ème   anniversaire avec faste pendant près d’un an d’activités festives. Elle fut créée, en effet, le 28 Novembre 1989 avec une équipe réduite de sociétaires et une  somme dérisoire comme capital de départ sous le leadership de Monsieur Frantz Prinvil à la station Baptiste Faubourg Salomon.  L’objectif de départ a été de « Lutter contre l’usure et la thésaurisation, de mobiliser l’épargne, d’octroyer du crédit à des taux raisonnables, d’améliorer les conditions de vie de ses membres et  de favoriser la solidarité et la Coopération entre eux.»

Au départ, la  KOTELAM a été une Coopérative à services multiples qui offrait non seulement les services d’épargne et de Crédit mais aussi des services de consultation médicale,  de produits pharmaceutiques, d’éducation pour ne citer que ceux-là. La KOTELAM qui a démarré ses activités avec  sept (7) membres et deux cent quatre-vingt-neuf (289) gourdes le 28 Novembre 1989, compte aujourd’hui soixante-dix-huit mille cinq cent douze (78 512) membres dans la zone métropolitaine et plus de trois cent quatre-vingt-seize (396) millions de gourdes d’actif au trente septembre 2014.

Comme les dirigeants l’affirment souvent « KOTELAM se wozo, li pliye li pa kase! » Elle s’est remise avec brio et dans un délai record du désastre du 10 janvier 2010 pour redevenir l’une des plus grandes caisses du pays. Déjà deux ans après  le séisme du 12 janvier 2010, KOTELAM renaissait des décombres pour se hisser au sommet. Elle a enregistré un déficit de plus de 18 millions gourdes l’année du tremblement de terre (2010) et deux ans après en 2012, elle a réalisé excédent de plus de 8 millions gourdes, et tous les autres indicateurs de la caisse ont passé du rouge, état alarmant au vert, état satisfaisant.  KOTELAM prouve le caractère résiliant des entreprises coopératives, comme l’affirme l’Alliance Coopérative Internationale (ACI).

Nonais Derisier

23 Mars 2015

4 JUILLET 2015 : JOURNEE INTERNATIONALE DES COOPERATIVES AUTOUR DU THEME "EGALITE"

Conception graphique Nonais
Egalité: thème de la journée internationnale 2015 des coopératives

Le Comité pour la promotion et l'avancement des coopératives (COPAC)  de l'Alliance Coopérative Internationale (ACI) et l'Organisation des Nations Unies ont choisi conjointement l'égalité comme thème de la Journée internationale 2015 des coopératives. Le slogan de la journée est "Choisir coopérative, choisissez l'égalité". 
La Journée internationale des coopératives est célébrée le premier samedi de Juillet chaque année. Elle sera donc commémorée cette année le 4 Juillet 2015. D’après l’ACI,  l'écart du revenu mondial a continué de se creuser au cours des dernières années.  « Le top un pour cent de la population du globe possède près de la moitié de la richesse du monde, tandis que la moitié inférieure de la population mondiale détient moins d’un pour cent de ses richesses. »  Ces inégalités s’appliquent à des caractéristiques ethniques, régionales ou des caractéristiques personnelles telles que le sexe ou l'âge. 
Dans les coopératives l'égalité des sexes est un droit fondamental, depuis la création du mouvement. Les coopératives encouragent une culture de travail éthique où « le talent est récompensé plutôt que la compétitivité ».
L’inégalité nous concerne tous ! Pour l’ACI, tous les êtres humains ont droit au même respect et la dignité. L'inégalité a des conséquences socio-économiques négatives et graves. Elle est mauvaise pour l’économie. Elle ralentit la croissance du PIB. Elle empêche l'accumulation de capital humain, baisse les résultats scolaires et les perspectives économiques à long terme pour ceux qui appartiennent à l'extrémité inférieure de l'échelle des revenus. 
Les impacts sociaux de l'inégalité atteignent le chômage, la violence, la criminalité, l'humiliation, et la détérioration du capital humain et l'exclusion sociale. « L'inégalité affecte négativement la participation démocratique, il favorise la corruption et les conflits civils, » poursuit l’ACI dans sa note sur la commémoration de la journée internationale des coopératives. Elle  décourage davantage la vie civique et sociale qui sous-tend la prise de décision collective efficace qui est nécessaire pour le fonctionnement des sociétés saines, d’après l’ACI. 
Les coopératives des entreprises égalitaires. 
La propriété est collective.  Une coopérative est ouverte à tous, n’importe qui, hommes ou femmes, jeunes ou vieux peuvent entrer et en devenir propriétaire. La coopérative  est  une formule éprouvée pour l'inclusion économique et sociale. Pour l’ACI, si le modèle des coopératives continue de croître, l'inégalité sera réduite.
Le pouvoir de décision ne dépend pas de la richesse. En vertu du principe : une voix égale un vote, le sociétaire  a une voix, quel que soit le capital qu’il détient sous forme de part social. Le pouvoir de décision est égal pour tous.
L’accès égal aux biens et la priorité à la satisfaction des besoins et non aux rendements financiers.  L'ONU prône l'accès universel  aux services de base. Le but même d'une coopérative est l’offre de service dans de bonnes conditions à tous ses membres. Les coopératives se concentrent sur la satisfaction des besoins de leurs membres plutôt que seulement les rendements financiers.
Les coopératives participent à la réduction de la pauvreté. D’après l’ACI, «   Les coopératives contribuent à réduire les inégalités en donnant aux gens une manière digne et durable pour gagner leur vie. »
Pour toutes ces raisons, les coopératives sont des entreprises égalitaires, inclusives, donnant accès à des services pour la réduction de la pauvreté. Pour l’année 2015, toutes les coopératives et les coopérateurs doivent faire valoir les avantages coopératifs.

Nonais Derisier
24 Mars 2015

LA CAISSE POPULAIRE SAINTE ANNE : UN PATRIMOINE FINANCIER ET SOCIAL

L'ASSEMBLEE GENENRALE DE LA 64 ème ANNEE DE LA CAISSE POPULAIRE SAINTE ANNE 


Le dimanche 1er Mars 2015, les dirigeants de la Caisse Sainte-Anne de Port-au-Prince (CPSA) ont tenu, conformément à la loi et à la philosophie coopérative, leur assemblée générale. Dans un auditorium flambant neuf, propriété de la caisse, plus de 300 membres ont répondu à l’invitation des dirigeants pour exercer leurs devoirs et jouir de leurs droits de coopérateur : recevoir les rapports des dirigeants et participer à la prise des décisions pour le bon fonctionnement de leur caisse.  Au menu de cette assemblée : la présentation des rapports, la répartition des trop-perçus, la modification des statuts et  des règlements internes et l’élection des nouveaux dirigeants.

Le Président, dans son discours de bienvenue, à présenter la signification de l’assemblée générale qui est à la fois un exercice de bilan pour présenter la situation globale de la caisse, un exercice de reddition des comptes et un moment qui permet de jeter un regard  sur l’avenir.  Aussi, le Président a-t-il souhaité que les décisions prises dans cette assemblée puissent contribuer « à l’amélioration des services offerts avec des retombées positives sur les conditions de vie et sur les affaires des sociétaires. »

Dans son rapport, le conseil d’administration par la voix du président, de la vice-présidente, la seule femme dirigeante, et la directrice, ont présenté les principales réalisations et les performances de la caisse. Entre autres, la CPSA  a, au cours de cette année, achevé la construction  de son auditorium, acquis des livres et autres matériels nécessaires à la mise en place de la bibliothèque d’Edouard Tardieu…

Photo de la Directrice et des Dirigeants
Le président déplore la situation économique morose du pays et de la non-reprise des activités commerciales dans la zone d’influence de la CPSA, le centre-ville de Port-au-Prince. Néanmoins la moisson a été bonne pour la caisse qui a enregistré de très bons résultats. Elle a eu 2800 nouveaux membres qui portent son effectif à 15642 sociétaires. Son épargne a connu une croissance de 14% et s’élève à près de soixante-six millions cinq cent mille (66 500 0000) gourdes. Le portefeuille de crédit s’élève à un peu plus de quarante-huit millions (48 000 000) de gourdes, et accuse une croissance de 18 % par rapport au portefeuille de l’année antérieure. La caisse accumule un avoir de vingt-deux millions (22 000 000) de gourdes sur un actif de quatre-vingt-seize millions cinq cent mille (96 500 000) gourdes. Son taux de capitalisation s’élève donc à 23 %. La caisse a engrangée cinq millions cent douze mille (5 112 000) gourdes d’excédent : cela signifie après avoir couvert toutes ses dépenses, elle lui reste plus de cinq millions de gourdes représentant  5.30% de son actif. La CPSA est solide avec un coussin de sécurité de 23% de son actif, presque le double du minimum exigé par la BRH, elle est très rentable et son bilan croît chaque année.

Après la  présentation des différents rapports, la parole revenait aux sociétaires pour questionner les dirigeants et  soumettre leurs doléances. Un vrai exercice démocratique. Les dirigeants ont répondu aux questions, se sont excusés sagement quand il fallait le faire. Parmi les questions, un sociétaire avait demandé quelle bénéfice revenait aux membres et a demandé si la caisse ne peut pas au moins diminuer le taux d’intérêt ne serait-ce que pour les anciens membres. Plusieurs dirigeants se sont montés au créneau pour expliquer au dit membre que dans les coopératives toutes les sociétaires ont les mêmes droits. Le sociétaire s’est revenu à la charge pour citer le mot ristourne. Mais la question n’a pas été sérieusement débattue. Tout de même, les dirigeants ont fait preuve de sagesse.

Agronome Richard Bercy
De très hautes personnalités du monde des caisses populaires ont participé à cette assemblée à titre d’invités spéciaux. Parmi eux, le président de la fédération Le Levier, l’Agronome Richard Bercy, la Directrice de l’ANACAPH, Mme Yolène Jacquet, l’ex-directeur du CNC et actuel membre du conseil d’administration de la KOTELAM, M Frantz Prinvil.  M Durocher, l’ex-directeur pour Développement International Desjardins du Projet de Revitalisation du Mouvement des Coopératives Haïtiennes qui fut l’artisan de la révolution des caisses populaires haïtiennes par la professionnalisation de ce secteur, a été du nombre des invités spéciaux.

M Bercy a félicité les dirigeants de la CPSA, particulièrement  les membres du comité de surveillance qui se sont, entre autres, intéressés à mesurer la satisfaction des membres. Il a aussi abordé le sujet de la participation de Le Levier à la chambre de compensation. « Nous allons y participer au même titre que les banques et offrir les mêmes services qu’elles, sans pour autant  ressembler à ces dernières. Nous garderons notre philosophie et nos valeurs coopératives, martèle-t-il. »

De son côté Frantz Prinvil, avec l’humour dont lui seul en a le secret, a rappelé que la Caisse Sainte-Anne   fut créée en 1951 par les plus hautes figures de l’histoire du mouvement coopératif haïtien : Edouard Tardieu, Père Lespinasse, Docteur Bijoux…  D’autres personnalités comme Mme Jacquet de l’ANACAPH et un dirigeant de la SOCOLAVIM ont aussi pris la parole pour féliciter et encourager toutes les parties prenantes.

La Caisse Populaire Sainte-Anne de Port-au-Prince a 64 ans.  Elle est une grande caisse populaire. Elle prouve qu’on ne mesure pas la grandeur d’une caisse de par la taille de son actif financier. Mais de par son histoire  et surtout de par sa volonté de ne pas se démutualiser par la perte de son âme coopérative, de par sa volonté de placer le social au cœur de ses actions.  La CPSA s’est dotée d’un comité qui s’occupe du sociale. Elle construit une bibliothèque coopérative et planifie la création d’une école pour former des coopérateurs.

La CPSA comme toutes les caisses sont attirées par le syndrome la croissance et l’innovation, mais elle reste attachée à la philosophie première, elle reste fidèle à l’esprit des Tardieu, Lespinasse, Bijoux et consort. L’Agronome Roosevelt Compère, un ancien de l’ancienne Sainte-Anne est justement bien placé pour faire le pont entre la CPSA  conservatrice des valeurs coopératives et la CPSA qui aspire au changement et à la modernité. Elle prouvera qu’une caisse peut se moderniser sans vendre son âme coopérative. CPSA est grande caisse populaire, un patrimoine national.


Chapeau à tous les dirigeants ! Chapeau à l’Agronome Roosevelt Compère ! Chapeau à la Directrice Mme Marjorie Louissaint ! Elle a la lourde responsabilité de la mise en application des politiques et des décisions du Conseil d’Administration.

Nonais Derisier

7 Mars 2015

SORTIR DE L’ORALITE POUR TRANSFERER LES COOPERATIVES HAÏTIENNES AUX GENERATIONS FUTURES

Devoir de mémoire, devoir de coopérateurs!

KOTELAM vient de fêter ses 25 ans. Pour la première fois une Caisse haïtienne a commémoré son anniversaire de façon si grandiose et originale. Elle a réalisé plusieurs activités dont une soirée d’honorariat pour rendre un hommage mérité à des personnages et des institutions qui ont contribué au développement de la KOTELAM et du mouvement coopératif haïtien en général. Le mois prochain, la Caisse Sainte-Anne de Camp Perrin aura 66 ans. La caisse Espoir se prépare à fêter ses 40 ans. La Petite Epargne de La Vallée fêtera ses 70 années l’année prochaine en 2016. Nos caisses Populaires ont une riche histoire de 70 ans et nos coopératives agricoles  marchent vers leur 80ème  anniversaire dans deux ans, si on admet que la première COOPA (Coopérative Agricole) date de 1937. Après 80 années – ce qui représente en Haïti est une grande prouesse - l’histoire de nos coopératives et du mouvement restentc encore orale. Aucune biographie n’est écrite sur les acteurs, les institutions et le mouvement.

Il est temps de commencer à coucher sur du papier cette riche histoire qui fait partie intégrante de l’histoire économique et sociale d’Haïti. Tous les pionniers sont déjà partis ou presque. A la Caisse Petite Epargne, il ne reste que trois fondateurs. Un seul à Camp Perrin. Probablement très peu à Saint-Anne de Port-au-Prince. Même à la Caisse Espoir de Jacmel, les rares fondateurs et fondatrices ont plus de 80 années et savourent leurs dernières récoltes. Adeline Jean, l’une des fondatrices de la caisse Espoir, a tiré révérence au début de cette année. Sa caisse ignorait totalement son existence et n’a pas participé officiellement à ses funérailles. Elle fut une héroïne pour avoir décidé de participer en 1976 à des réunions animées par Philipe Jules qui deviendra le plus farouche opposant à la dictature des Duvalier dans le département du Sud-est dans les années 80. 

J’avais, il y a quelques années, commencé à rencontrer des pionniers et acteurs-coopérateurs de premier plan, et mettre sur papier leurs témoignages. J’ai été à Camp Perrin pour rencontrer Monsieur Tessono Dieuvé, le seul survivant des fondateurs de la CAPOSAC. Il avait 29 ans à la création de la caisse en 1949. Il avait en 2012 92 ans. Il a passé plus de 50 ans au service de la caisse particulièrement au niveau de la formation des membres. J’ai aussi écouté les témoignages de M. Pierre Percy.  Il a assisté à l’assemblée constitutive de la caisse à titre d’observateur. Il avait 23 ans. Il a 43 ans de service à la CAPOSAC à titre de dirigeant, en 2012. Il siège aujourd’hui au comité de surveillance. Il est un coopérateur passionné. Il a participé à la création et a dirigé la Coopérative Caféière de Vachon. Il fut maire de Camp Perrin de 1971 à 1983. J’ai eu le privilège de dactylographier son  manuscrit sur l’histoire de la CAPOSAC, cinq à six pages au total.

A la Vallée, j’ai rencontré M Franck et Obiès deux des trois membres fondateurs encore en vie. J’ai aussi rencontré des moins vieux ou des plus jeunes comme Joseph Payen, pour me révéler l’histoire et l’œuvre de Philipe Jules, un coopérateur qui me passionne. Je vous raconterai son histoire.

A Jacmel, j’ai rencontré à plusieurs reprises M Destines Joassaint, le vulgarisateur coopératif, André Pierre-Louis, le gérant et Emile Pen, notaire public, originaire de Marigot. Ce dernier fêtera son 93e anniversaire, le 12 mars 2015. J’ai aussi rencontré Me Bernadel de KOTEM des Nippes, un coopérateur irréductible. De ces rencontres entretiens, j’ai pu écrire des textes de 3 à 5 pages sur Caposac, Confiance Marigot, Espoir Jacmel, Kotem de Miragoane. J’ai aussi écrit sur SOCOLAVIM, COOPECLAS et KOTELAM. Soulignons que Mme Gilot Gladys a aussi écrit et présenté quelques pages sur sa Caisse, la KOTELAM. Cependant on ne peut pas raconter l’histoire d’une vie de 25 à 70 ans en cinq pages.

Dans mon travail, j’ai rencontré certaines embuches, notamment la disponibilité des archives. Les témoignages sont importants. Mais la documentation est essentielle pour comprendre, présenter,  expliquer le chemin parcouru par nos coopératives et tirer des leçons pour demain.  A la CAPOSAC (66 ans d’histoire), les archives ont été emportées par la Ravine du Sud dans sa fureur. A la Caisse Espoir, pendant l’aménagement du local, les documents de la caisse, dans une valise,  ont été dérobés. Pour la Petite Epargne, les documents anciens ont été déposés dans un endroit très humide et sont en très mauvais état. Pour les documents existants, ils sont souvent empilés dans des espaces non appropriés et personne n’est disponible pour les inventoriés et les classés. On peut et on doit reconstituer une partie des archives, cela exige du temps et la collaboration des dirigeants.

Les coopératives sont appelées à traverser plusieurs générations. Les coopérateurs de la génération présente ont pour mandat de transférer leur coopérative à la génération à venir comme la précédente l’avait transmise. L’élaboration de l’histoire de nos coopératives est un chantier nécessaire. J’aimerais mettre sur papier l’histoire d’une ou deux caisses à partir de cette année. Mes préférences seraient pour des caisses Les Saintes Anne de Port-au-Prince et de Camp Perrin, l’Espoir de Jacmel, Petite Epargne de la Vallée, Kotem de Miragoane ou des caisses récente comme KOTELAM ou KOPECLAS. Maitre Jean Bernadel, pour KOTEM, Prinvil pour KOTELAM et tant d’autres pourraient, devraient mettre sur papier l’histoire de leur caisse, qui est aussi une partie de leur biographie personnel. Aujourd’hui tout le monde peut être écrivain.

Il faut absolument retirer nos coopératives de l’oralité pour mieux transférer le mouvement aux générations à venir. Notre devoir de mémoire ! Notre devoir de coopérateur.
Nonais Derisier
10 Février 2015


LA FEDERATION DES CAISSES LE LEVIER ADMISE A LA CHAMBRE DE COMPENSATION DE LA BRH

Le plus grand évènement financier du début du 21eme siècle en Haïti 


Le 4 février 2015 est une date qui restera mémorable pour le secteur coopératif et l’ensemble du secteur financier haïtien. Après 13 années d’attente, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a signé enfin l’accord mettant en application l’article 111 de la loi sur les Coopératives d'Epargne et de Crédit (CEC)  stipulant que « les fédérations de CEC sont admises à la chambre de compensation assurée par la BRH. » En effet, en présence des dirigeants des caisses populaires et quelques organisations intervenant dans le secteur de la finance en Haïti et sous les feux des caméras de la presse,  le Gouverneur Charles Castel et le Président de la Fédération l’agronome Bercy Richard ont parafé l’accord autorisant la fédération Le Levier à participer à la chambre de compensation.

Par cet accord, les caisses affiliées à Le Levier sont autorisées à émettre des chèques comme les banques qui seront reçus par les entreprises et peuvent être déposés dans n’importe quelle banque et caisse populaire en Haïti. Cet accord donne aussi la possibilité à la fédération de participer au système de paiement interbancaire haïtien de la BRH communément appelé SPIH. Un sociétaire peut recevoir sur son compte  ou réaliser à partir de son compte un virement bancaire d’un ou vers un compte d’une autre banque en Haïti.  Cet accord ouvre aussi la voie aux caisses pour offrir tous les services financiers traditionnellement offerts par les banques, les cartes de crédit y compris.

Pour Charles Castel, cet évènement qui est l’aboutissement de beaucoup d’effort, mérite d’être marqué parce qu’il participe à l’inclusion financière. Il marque aussi un progrès majeur dans les habitudes dans le    système financier haïtien. Il souligne que  le réseau de Le Levier qui est composé de 42 Caisses fédérées ou « en transition » ,  a un actif de 4.8 milliards de gourdes et un fonds propre de 1.3 milliard de gourdes et compte 561 mille sociétaires.

Le gouverneur affirme être heureux et fier de voir ce grand jour. Il s’agit pour lui d’un grand pas vers l’inclusion financières et l’inclusion tout court. Les caisses sont, d’après le gouverneur, des institutions par excellence de bancarisation dans des endroits éloignés où il sera trop coûteux d’avoir une banque. 
Le gouverneur encourage, par ailleurs, les caisses populaires à se structurer à partir de la fédération ou de n’importe quelle autre fédération – puisque la loi ne limite  le mouvement à une seule fédération. Cette déclaration est une porte ouverte à des institutions comme ANACAPH qui œuvre pour doter le pays d’une deuxième fédération. Qu’elle y rentre du bon pied !  Pas pour nous offrir une fédération en plus, mais pour renforcer le secteur, donner du chalenge à la fédération existante et lui donner rendez-vous un jour dans une confédération de caisses.

Après les propos combien élogieux à l’égard des caisses – une première de la part d’un si haut responsable haïtien -  il revenait au président de la fédération de faire son allocution de circonstance. D’entrée de jeux, il annonce que l’évènement du jour représente l’un des objectifs des caisses populaires en créant la fédération. Il ne s’agit pas d’un don ou d’un cadeau de la BRH, martèle-t-il, mais la détermination du secteur à enlever les embûches qui se dressent sur son chemin. Les caisses vont utiliser cette facilité pour attirer et fidéliser plus de sociétaires. Le président a aussi présenté tous les avantages que les caisses et les sociétaires vont tirer de ce système. Il a aussi remercié le gouverneur qui fait de l’inclusion financière son cheval de bataille.

Cet accord, comme l’a souligné le gouverneur, va profondément remodeler l’architecture du système financier haïtien. Les caisses vont pouvoir se tailler une place et une part de marché beaucoup plus large, et aussi jouir d’une image plus intéressante auprès du public. Les caisses ne seront plus considérées comme « collectrices de sous » pour les banques étant donné qu’elles y déposaient une partie de l’épargne des sociétaires. Un coopérateur n’a plus de prétexte pour avoir un ou plusieurs comptes dans des banques en plus de son compte dans sa caisse. Il va pouvoir émettre des chèques, réaliser ou recevoir des virements bancaires, consulter son compte à partir de son téléphone intelligent ou son ordinateur, avoir sa carte de crédit émise par sa caisse, et par-dessus le marché aura des attestations avec une confiance accrue. Que d’avantages !  Surtout pour la classe moyenne, la petite bourgeoisie haïtienne, les professionnels, les entrepreneurs, les fonctionnaires, les citadins bien lotis… Qu’en sera-t-il pour que la majorité,  notamment les  1,018,951 exploitants agricoles avec leur famille dont 530,731 d’eux soit 52.3% du total ne savent ni lire ni écrire, dont 257,670 soit 25% des exploitations sont exploités par des femmes agricultrices et 11,3% gérées par des jeunes agriculteurs de moins de 30 ans, totalisent 114.444 exploitants (MARNDR Recensement Général de l’Agriculture,   2008/2009). Au nom de l’inclusion financière, il faut trouver le chemin pour aller vers les marginaux et exclus de l’économie formelle. Il faut pouvoir marcher cinq heures pour se rendre à Ka Michel  (Cabaret, département Ouest)  pour apporter des services financiers aux agriculteurs et madans saras.

Tout compte fait, l’évènement de ce 4 février 2015, sera considéré un jour,  probablement comme le plus grand évènement du début du 21ème siècle sur le plan financier en Haïti. Après la première révolution des caisses populaires à la fin des années 90, cet évènement participera certainement à l’avènement de la 2ème révolution des caisses pour nous donner des Caisses 2.0 . Elle sera « une révolution économique, sociale, technologique, environnementale où la satisfaction des besoins et le développement des parties prenantes : sociétaires, collaborateurs et communauté seront sacralisés. »

Nonais Derisier
5 février 2015